La visite des expositions des "compagnons de route" du commissaire invité des rencontres a représenté, hier, autant de moments de partage et de souvenir de l’amitié entre photographes
Les "compagnons de route" de Raymond Depardon. On aurait pu croire à un intitulé accrocheur, à une astuce pour présenter dans un même lieu le travail de photographes qui a priori n’ont rien à voir ensemble. Que nenni. Quand hier après-midi, Daniel Angeli, Guy Le Querrec, David Burnett, et Jean Gaumy ont présenté leurs expositions aux ateliers SNCF, sous le regard de Raymond Depardon, un simple coup d’oeil suffisait. Ceux-là sont beaucoup plus que de simples compagnons. Des baroudeurs de l’image, qui se sont retrouvés ensemble aux quatre coins du monde, ou lorsqu’ils n’ont jamais travaillé ensemble, sont liés par une amitié de plus de quarante ans. Une amitié renforcée par la mort d’un des leurs, Gilles Caron (un des fondateurs de Gamma), en 1970 au Cambodge. La société française des années 60, les conflits au Biafra, ou au Proche-Orient, les tribus éthiopiennes, le coup d’Etat au Chili en 1973, ou le mythique patron de Fiat qui plonge nu de son yacht à St-Tropez. Les compagnons ne sont pas inspirés par les mêmes scènes mais tous vibrent pour l’instantanéité. Tous témoins de leur temps. Le temps a passé depuis l’appartement de la rue Falguières, à Paris, où Gaumy, Burnett et Depardon vivent ensemble, chez ce dernier dans les années soixante-dix. La "bande de Quito", se rappelle Jean Gaumy, la bande qui chantait "sur une musique ramenée de là-bas par Raymond Depardon".
"Des moments très drôles"
Jean Gaumy entrelace ses doigts chaque fois qu’il évoque les liens qui unissent la bande. Entre les clichés qu’il prend de ses amis en train de présenter leurs oeuvres, le sourire lui vient aux lèvres quand il se remémore "des moments très drôles". Drôle comme la conférence d’Helsinki en 1975. "David et Raymond ne voulaient pas y aller. Ils m’y ont envoyé !", s’amuse-t-il. Les cinq s’amusent devant le portrait d’un jeune soldat au Biafra qui porte des roquettes sur son crâne. Cette scène de la guerre de 1968 est dramatique, mais prête à sourire lorsque Don Mc Cullin rappelle l’anecdote. Il s’exclame devant un journal : "Formidable, ils ont publié une photo de moi !" alors que c’est celle de Gilles Caron, parti avec lui au Biafra.Loin du sang et des conflits, il y Daniel Angeli. Lui chasse les séquences ensoleillées, pimpantes et people. "Je suis décalé, reconnaît-il, mais pas étonné, le premier compagnon de route, c’est bien moi." Une amitié de plus de quarante ans avec Raymond Depardon. Des "rêves de mômes", des "soirées au bal", et des films de Melvil partagés. Angeli rend lui aussi hommage Gilles Caron. A sa façon. Il se rappelle le mariage de Raquel Welch. Et plus particulièrement le coup d’appareil photo sur la tête de Gilles Caron qui lui passait à quatre pattes entre les jambes pour être mieux placé.

