La carrosserie de M. Kocher située à Strasbourg existe grâce à lEurope. Cet ancien employé a bénéficié du programme européen Urban, qui lui a permis de racheter lentreprise de son patron parti à la retraite. Les 30 000 euros qui manquaient à lapport de M. Kocher ont été subventionnés par Urban. « Cest une subvention, cest pas une avance ni un crédit, cest du pur bénéfice » senthousiasme le carrossier. Lhomme qui dit suivre de loin lactualité de lEurope et qui na pas voté lors du référendum sur la Constitution, ajoute : « ça prouve que de là-haut, ils aident lartisanat, je voyais pas les choses comme ça. »
La manne Urban ne tombe pas dans le portefeuille de tout entrepreneur sur simple demande. Si M. Kocher a eu ce privilège cest parce que sa ville, Strasbourg, est lune des 9 villes françaises sélectionnées par la Commission européenne pour bénéficier de ce programme durant la période 2000-2006. Clichy/ Montfermeil, Grigny/ Viry-Châtillon, la communauté Mantes-en-Yvelines (Mantes-la-Jolie et Mantes-la-Ville), Les Mureaux/ Val des Seine, Grenoble, Boredeaux-Cenon-Floirac, Le Havre et Bastia bénéficient également dUrban pour aider à la réhabilitation de leurs quartiers les plus en difficulté.
Les 70 villes européennes bénéficiaires- de plus de 10 000 habitants - ont répondu à au moins trois de ces critères pour être sélectionnées : un taux de chômage de long terme important, une faible activité économique, un degré de pauvreté et dexclusion élevé, une reconversion nécessaire suite à des difficultés économiques et sociales, un nombre élevé dimmigrés, de minorités ethniques ou de réfugiés, une scolarisation et des qualifications insuffisantes, un fort taux de criminalité et de délinquance, une évolution démographique précaire, et un environnement particulièrement dégradé. Les candidatures françaises, presque 200, étaient soumises à des contraintes supplémentaires décidées par le gouvernement : une capacité à bien gérer les fonds, linnovation des projets, et une bonne articulation entre Urban et les dispositifs politiques de la ville.
Sur ce dernier point, Strasbourg na eu aucun problème à convaincre car cest la collectivité locale elle-même qui est autorité de gestion dUrban. Une spécificité, car dans la plupart des autres sites, la gestion du programme est assurée par le Secrétariat Général à lAction Régionale (SGAR). « Cette gestion totalement décentralisée nous permet une liberté et une responsabilité totales dans le choix des projets. La valeur ajoutée de ce système : des délais de paiement très rapides. Normalement, les porteurs de projets, associations ou entreprises, se font payer en trois semaines, chez nous, la totalité du paiement se fait en moins de quatre jours. » explique Olivier Bagarri, responsable dUrban de la Ville de Strasbourg.
Les projets Urban sont axés sur le développement économique, lemploi, lenvironnement et légalité des chances dans trois quartiers difficiles : le Meinau, Neuhof, et Port du Rhin. 118 projets ont été financés à hauteur de 9,6 millions deuros par Urban, sur un coût total de 25 millions deuros. Des sommes utilisées à bon escient si lon en croit ces quelques chiffres encourageants annoncés par le responsable dUrban à Strasbourg. Depuis quil a été rénové, le centre socio-culturel a vu son nombre dinscrits augmenter de 60%, et celui de prêts de livre grimper de 200%. « La culture rentre dans les quartiers difficiles » se félicite Olivier Bagarri. En termes économiques, environ 200 emplois directs et 230 indirects ont été créés ou sont maintenus, grâce aux projets de rénovation, financés en partie par Urban. M. Bagarri relate avec plaisir les « belles histoires », comme celle dun jeune boulanger qui grâce à la hausse de son chiffre daffaires due à la rénovation de son entreprise, a pu embaucher une pâtissière.
Au Mantois, dans les communes de Mantes-la-Jolie et Mantes-la-Ville, le responsable du projet européen est également satisfait des retombées dUrban engagé à hauteur denviron 13 millions sur les 41 totaux que coûte le projet de réhabilitation de Mantes-en-Yvelines. La création dune école dinfirmières dans le quartier du Val-Fourré et laménagement de la ceinture verte du Mantois sont fièrement cités par Fabrice Lévi. En outre, ces fonds ont provoqué un effet levier qui a forcé la région Ile-de-France à « regarder le Mantois dun autre il, et à engager de nouveaux partenariats.»
Le responsable pointe toutefois du doigt les apories dUrban : « Ce qui est paradoxal cest que ces fonds permettent davoir une aide directe pour des projets innovants qui ne bénéficieraient daucun crédit sans elle, mais cette souplesse de lutilisation des fonds est contrainte par les procédures financières des grands programmes européens, et nous imposent un rythme soutenu » déplore Fabrice Lévi. Des difficultés sont également rencontrées dans la coordination entre la gestion du programme au niveau local, assurée par lEtablissement Public dAménagement du Mantois Seine Aval (EPAMSA), et les acteurs dUrban.
Au Mantois comme à Strasbourg, on exprime des besoins dargent supplémentaires et une poursuite de ce genre de programme. « Les deux limites dUrban sont dune part une contrainte géographique : certains quartiers nécessiteux comme Haut-de-Pierre et Cronenbourg nont pas pu bénéficier dUrban (car ils nappartiennent pas aux trois quartiers bénéficiaires, ndlr), et dautre part une limite budgétaire : on aurait besoin de quatre millions deuros supplémentaires pour faire tout ce quon veut faire » regrette Olivier Gabarri.
Le frein principal au développement dUrban, et certainement à de nombreuses initiatives européennes reste sa complexité. Pour faciliter son application, Urban bénéficie de laide dun petit cousin, Urbact. Sa mission vise la mise en réseaux des 70 villes Urban autour des thèmes phares dUrban. Par exemple, un projet réussi de réinsertion professionnelle de jeunes en difficulté à Helsinki profitera aux jeunes des quartiers bénéficiaires de Lisbonne.
La gestion des fonds semble également complexe, et dautant plus lorsque le président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, semmêle les pinceaux dans la nébuleuse Urban et provoque lirritation des responsables français du programme.
Le 13 novembre 2005, en pleine période de crise des banlieues, le président de la Commission Européenne annonçait le redéploiement de 50 millions deuros, au titre du programme Urban, pour aider ces communes en difficulté. « Cest une erreur totale ! » sinsurge Jean-Claude Grisoni, secrétaire national du réseau Urban France. M. Barroso a promis à tort une somme qui est déjà attribuée à la France dans le cadre dUrban. » A lorigine de lerreur, la subtilité de calculs qui doivent tenir compte des dépenses déjà engagées, et des dépenses programmées, qui seront effectives une fois les projets aboutis. Le directeur dUrban France explique que la somme de 50 millions deuros ne peut être disponible, puisque sur les 102 millions attribués à la France, il reste, tous sites confondus, 25 millions, parmi lesquels 24,5 sont déjà programmés
Certains journaux, à lépoque impressionnés par le don généreux du Président de la Commission, insistaient sur le fait quà un an de la fin du programme Urban, la moitié du budget nétait donc toujours pas utilisée, refusent aujourdhui daprès M. Grisoni de lui accorder un droit de réponse. Il se console à lidée que pour la période 2007-2013, même si Urban disparaît (les fonds daide supplémentaire seront fondus dans les budgets alloués aux régions), lenveloppe attribuée aux zones urbaines en difficulté devrait être plus importante que celle de 2000-2006.
Urban en chiffres
La France, avec 102 millions deuros sur une enveloppe globale de 728,3, est au 5ème rang des 13 pays européens bénéficiaires dUrban sur la période 2000-2006. Son budget est réparti ainsi (en millions deuros) : Bastia, 11,8 ; Bordeaux, 9,66 ; Clichy-Montfermeil, 12,88 ; Grenoble, 9,66 ; Grigny/Viry, 12,88 ; Le Havre, 10,74 ; Le Mantois, 12,88 ; Strasbourg, 9,66 ; et Val-de-Seine, 11,8. Ces fonds proviennent du Fonds Européen de développement Régional (FEDER). La Caisse des Dépôts et consignations (CDC) assure en tant quAutorité de paiements lensemble des transactions.

