Lundi 16 janvier 2006
L’Europe à chaque coin de rue. On la dit lointaine et invisible, mais elle se cache souvent dans des endroits insoupçonnables. D’une boucherie à un stade de football, en passant par une carrosserie, l’Europe est là. Urban, un programme dirigé par la Commission, rénove, innove et interroge.

La carrosserie de M. Kocher située à Strasbourg existe grâce à l’Europe. Cet ancien employé a bénéficié du programme européen Urban, qui lui a permis de racheter l’entreprise de son patron parti à la retraite. Les 30 000 euros qui manquaient à l’apport de M. Kocher ont été subventionnés par Urban. « C’est une subvention, c’est pas une avance ni un crédit, c’est du pur bénéfice » s’enthousiasme le carrossier. L’homme qui dit suivre de loin l’actualité de l’Europe et qui n’a pas voté lors du référendum sur la Constitution, ajoute : « ça prouve que de là-haut, ils aident l’artisanat, je voyais pas les choses comme ça. »

La manne Urban ne tombe pas dans le portefeuille de tout entrepreneur sur simple demande. Si M. Kocher a eu ce privilège c’est parce que sa ville, Strasbourg, est l’une des 9 villes françaises sélectionnées par la Commission européenne pour bénéficier de ce programme durant la période 2000-2006. Clichy/ Montfermeil, Grigny/ Viry-Châtillon, la communauté Mantes-en-Yvelines (Mantes-la-Jolie et Mantes-la-Ville), Les Mureaux/ Val des Seine, Grenoble, Boredeaux-Cenon-Floirac, Le Havre et Bastia bénéficient également d’Urban pour aider à la réhabilitation de leurs quartiers les plus en difficulté.

Les 70 villes européennes bénéficiaires- de plus de 10 000 habitants - ont répondu à au moins trois de ces critères pour être sélectionnées : un taux de chômage de long terme important, une faible activité économique, un degré de pauvreté et d’exclusion élevé, une reconversion nécessaire suite à des difficultés économiques et sociales, un nombre élevé d’immigrés, de minorités ethniques ou de réfugiés, une scolarisation et des qualifications insuffisantes, un fort taux de criminalité et de délinquance, une évolution démographique précaire, et un environnement particulièrement dégradé. Les candidatures françaises, presque 200, étaient soumises à des contraintes supplémentaires décidées par le gouvernement : une capacité à bien gérer les fonds, l’innovation des projets, et une bonne articulation entre Urban et les dispositifs politiques de la ville.

Sur ce dernier point, Strasbourg n’a eu aucun problème à convaincre car c’est la collectivité locale elle-même qui est autorité de gestion d’Urban. Une spécificité, car dans la plupart des autres sites, la gestion du programme est assurée par le Secrétariat Général à l’Action Régionale (SGAR). « Cette gestion totalement décentralisée nous permet une liberté et une responsabilité totales dans le choix des projets. La valeur ajoutée de ce système : des délais de paiement très rapides. Normalement, les porteurs de projets, associations ou entreprises, se font payer en trois semaines, chez nous, la totalité du paiement se fait en moins de quatre jours. » explique Olivier Bagarri, responsable d’Urban de la Ville de Strasbourg.

430 emplois à Strasbourg

Les projets Urban sont axés sur le développement économique, l’emploi, l’environnement et l’égalité des chances dans trois quartiers difficiles : le Meinau, Neuhof, et Port du Rhin. 118 projets ont été financés à hauteur de 9,6 millions d’euros par Urban, sur un coût total de 25 millions d’euros. Des sommes utilisées à bon escient si l’on en croit ces quelques chiffres encourageants annoncés par le responsable d’Urban à Strasbourg. Depuis qu’il a été rénové, le centre socio-culturel a vu son nombre d’inscrits augmenter de 60%, et celui de prêts de livre grimper de 200%. « La culture rentre dans les quartiers difficiles » se félicite Olivier Bagarri. En termes économiques, environ 200 emplois directs et 230 indirects ont été créés ou sont maintenus, grâce aux projets de rénovation, financés en partie par Urban. M. Bagarri relate avec plaisir les « belles histoires », comme celle d’un jeune boulanger qui grâce à la hausse de son chiffre d’affaires due à la rénovation de son entreprise, a pu embaucher une pâtissière.

Au Mantois, dans les communes de Mantes-la-Jolie et Mantes-la-Ville, le responsable du projet européen est également satisfait des retombées d’Urban engagé à hauteur d’environ 13 millions sur les 41 totaux que coûte le projet de réhabilitation de Mantes-en-Yvelines. La création d’une école d’infirmières dans le quartier du Val-Fourré et l’aménagement de la ceinture verte du Mantois sont fièrement cités par Fabrice Lévi. En outre, ces fonds ont provoqué un effet levier qui a forcé la région Ile-de-France à « regarder le Mantois d’un autre œil, et à engager de nouveaux partenariats.»

Le responsable pointe toutefois du doigt les apories d’Urban : « Ce qui est paradoxal c’est que ces fonds permettent d’avoir une aide directe pour des projets innovants qui ne bénéficieraient d’aucun crédit sans elle, mais cette souplesse de l’utilisation des fonds est contrainte par les procédures financières des grands programmes européens, et nous imposent un rythme soutenu » déplore Fabrice Lévi. Des difficultés sont également rencontrées dans la coordination entre la gestion du programme au niveau local, assurée par l’Etablissement Public d’Aménagement du Mantois Seine Aval (EPAMSA), et les acteurs d’Urban.

Au Mantois comme à Strasbourg, on exprime des besoins d’argent supplémentaires et une poursuite de ce genre de programme. « Les deux limites d’Urban sont d’une part une contrainte géographique : certains quartiers nécessiteux comme Haut-de-Pierre et Cronenbourg n’ont pas pu bénéficier d’Urban (car ils n’appartiennent pas aux trois quartiers bénéficiaires, ndlr), et d’autre part une limite budgétaire : on aurait besoin de quatre millions d’euros supplémentaires pour faire tout ce qu’on veut faire » regrette Olivier Gabarri.

Le frein principal au développement d’Urban, et certainement à de nombreuses initiatives européennes reste… sa complexité. Pour faciliter son application, Urban bénéficie de l’aide d’un petit cousin, Urbact. Sa mission vise la mise en réseaux des 70 villes Urban autour des thèmes phares d’Urban. Par exemple, un projet réussi de réinsertion professionnelle de jeunes en difficulté à Helsinki profitera aux jeunes des quartiers bénéficiaires de Lisbonne.

La gestion des fonds semble également complexe, et d’autant plus lorsque le président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, s’emmêle les pinceaux dans la nébuleuse Urban et provoque l’irritation des responsables français du programme.

« M. Barroso a commis une erreur totale ! »

Le 13 novembre 2005, en pleine période de crise des banlieues, le président de la Commission Européenne annonçait le redéploiement de 50 millions d’euros, au titre du programme Urban, pour aider ces communes en difficulté. « C’est une erreur totale ! » s’insurge Jean-Claude Grisoni, secrétaire national du réseau Urban France. M. Barroso a promis à tort une somme qui est déjà attribuée à la France dans le cadre d’Urban. » A l’origine de l’erreur, la subtilité de calculs qui doivent tenir compte des dépenses déjà engagées, et des dépenses programmées, qui seront effectives une fois les projets aboutis. Le directeur d’Urban France explique que la somme de 50 millions d’euros ne peut être disponible, puisque sur les 102 millions attribués à la France, il reste, tous sites confondus, 25 millions, parmi lesquels 24,5 sont déjà programmés…

Certains journaux, à l’époque impressionnés par le don généreux du Président de la Commission, insistaient sur le fait qu’à un an de la fin du programme Urban, la moitié du budget n’était donc toujours pas utilisée, refusent aujourd’hui d’après M. Grisoni de lui accorder un droit de réponse. Il se console à l’idée que pour la période 2007-2013, même si Urban disparaît (les fonds d’aide supplémentaire seront fondus dans les budgets alloués aux régions), l’enveloppe attribuée aux zones urbaines en difficulté devrait être plus importante que celle de 2000-2006.

Urban en chiffres

La France, avec 102 millions d’euros sur une enveloppe globale de 728,3, est au 5ème rang des 13 pays européens bénéficiaires d’Urban sur la période 2000-2006. Son budget est réparti ainsi (en millions d’euros) : Bastia, 11,8 ; Bordeaux, 9,66 ; Clichy-Montfermeil, 12,88 ; Grenoble, 9,66 ; Grigny/Viry, 12,88 ; Le Havre, 10,74 ; Le Mantois, 12,88 ; Strasbourg, 9,66 ; et Val-de-Seine, 11,8. Ces fonds proviennent du Fonds Européen de développement Régional (FEDER). La Caisse des Dépôts et consignations (CDC) assure en tant qu’Autorité de paiements l’ensemble des transactions.

(source : www.urban-France.org)
par Elsa Haharfi publié dans : Politique
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