Page blanche

Vérification et recoupement de l’information. Honnêteté intellectuelle. Ecriture simple et percutante. Rendu « sexy » et concret du plus barbare et ennuyeux des sujets. Pédagogie et vulgarisation. Curiosité tout terrain. Volonté intarissable d’en savoir toujours plus.


Mon professionnalisme est-il défaillant ? Le sujet de mon papier ne s’approprie pas à l’exercice
journalistique ? Ou me suis-je royalement trompée de voie ? JE NE PEUX PAS…
La cauchemardesque page blanche est là, sous mes yeux.

Qui interviewer ? Comment vérifier ? Mes parents, trop subjectifs. Mon médecin, trop clinique. Mon miroir, oh beau miroir ! Non, pas ressemblant du tout.
Ah ! l’honnêteté intellectuelle… lorsque la demi-feuille d’auto-présentation de rentrée lycéenne me faisait le même effet qu’un sudoku, à oublier.
Etre simple et percutante ? Le pronom personnel « je » me rend cramoisie et d’un baroque dantesque.
Peut-être que le rendu sexy…
Un psychologue ?! Ca sert à quoi ? J’oublie aussi la curiosité tout terrain.

Au secours. Je suis définitivement incapable de rédiger un article sur moi.
Recherche biographe désespérément.


Mercredi 2 août 2006

Ironie du sort, le soixante-dixième anniversaire des congés payés coïncide avec la disparition de la mythique Nationale 7. D’épopées en quatre chevaux en pique-nique de bords de routes, la plus fameuse route française, celle qui mène aux vacances, n’est plus. Paris-Menton d’une traite par la route nationale, ce n’est plus possible. Pour Gilles Leimdorfer, photographe exposant aux Rencontres de la photographie, avec la collection "Nationale 7", le mythe n’est plus depuis longtemps. Il s’agirait même plutôt d’une mystification. Le long de sa "Nationale 7", pas de platanes, ni de végétation, et encore moins de vacances. "J’ai voulu prendre le contre-pied de l’imaginaire collectif", justifie le photographe. Un "imaginaire romantique" malheureusement véhiculé par les "JT de 13 heures" d’après lui.

"Road movie"

Son objectif, le long de la route, vise le côté sombre, les solitudes, et la modernité. La triste modernité des zones suburbaines, identiques aux quatre coins de la France, hantées par les grandes surfaces. Les passagers de la N7 immortalisés par Gilles Leimdorfer sont des routiers, ou lorsque ce sont des vacanciers, l’inquiétude se lit sur leur visage. Les paysages sont bétonnés, éclairés par des néons. "L’incapacité de la France à se reconnaître quand elle se regarde dans le miroir" a incité le photographe à parcourir la France sur le fil rouge de la Nationale 7. Un road movie à la française, quelque temps après son parcours de la Route 66 aux Etats-Unis. Si Gilles Leimdorfer déplore la départementalisation de la route, ce n’est certainement pas au nom d’un patrimoine à conserver, mais pour des raisons politiques. D’après lui un obscur transfert à la charge de l’imposable. L’appareil photo,"c’est un miroir que l’on promène le long de la route", pourrait faire figure en hommage à Stendhal, de préface à cette exposition.

"Nationale 7", Gilles Leimdorfer, aux Ateliers SNCF. Rencontres de la Photographie, jusqu’au 17 septembre à Arles.

par Elsa Haharfi publié dans : Rencontres de la photographie, Arles 2006
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