Page blanche

Vérification et recoupement de l’information. Honnêteté intellectuelle. Ecriture simple et percutante. Rendu « sexy » et concret du plus barbare et ennuyeux des sujets. Pédagogie et vulgarisation. Curiosité tout terrain. Volonté intarissable d’en savoir toujours plus.


Mon professionnalisme est-il défaillant ? Le sujet de mon papier ne s’approprie pas à l’exercice
journalistique ? Ou me suis-je royalement trompée de voie ? JE NE PEUX PAS…
La cauchemardesque page blanche est là, sous mes yeux.

Qui interviewer ? Comment vérifier ? Mes parents, trop subjectifs. Mon médecin, trop clinique. Mon miroir, oh beau miroir ! Non, pas ressemblant du tout.
Ah ! l’honnêteté intellectuelle… lorsque la demi-feuille d’auto-présentation de rentrée lycéenne me faisait le même effet qu’un sudoku, à oublier.
Etre simple et percutante ? Le pronom personnel « je » me rend cramoisie et d’un baroque dantesque.
Peut-être que le rendu sexy…
Un psychologue ?! Ca sert à quoi ? J’oublie aussi la curiosité tout terrain.

Au secours. Je suis définitivement incapable de rédiger un article sur moi.
Recherche biographe désespérément.


Samedi 26 août 2006

La plus people

 

 

 

Premier compagnon de route de Raymond Depardon, à l’adolescence, Daniel Angeli parle d’un temps, celui des premiers paparazzi, que les moins de vingt ne peuvent pas connaître. Celui où ils n’étaient qu’une poignée, l’été à Saint-Tropez et l’hiver à Gstaad. Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Caroline de Monaco, la famille princière d’Italie, Johnny Halliday,... sur chacun de ses modèles, devenus pour certains des amis, Angeli a "volé" une histoire personnelle qu’il raconte lui-même en voix off pendant que ses photos en noir et blanc défilent. Il relate par exemple fièrement comment il a réussi à avoir Onassis et La Callas ensemble, alors que le milliardaire était en train d’épouser Jackie Kennedy... Daniel Angelli, aux Ateliers SNCF

La plus glaçante

 

 

 

De l’expo Chancel, vous sortirez sans doute aussi glacé que le papier sur lequel sont tirées les photos. Parti en Corée du Nord en 2004, le photographe livre un témoignage habile. Si son objectif n’était pas de dénoncer crûment le régime d’un des pays les plus fermés du monde, il se dégage tout de même de ces photos une effroyable sensation d’inquiétude. Les fillettes sont tout sourire à leurs cours de broderies, tout comme les hôtesses des différents guichets, les tenues sont colorées, les peintures murales dans la ville aussi. Mais ces postures de bonheur font plutôt ressembler les citoyens aux mannequins de cire des magasins de costumes traditionnels. Pas une âme qui vive dans les halls de gare et d’aéroport, ni sur les dix voies d’autoroutes de Pyongyang la capitale. Seulement des portraits géants de Kim-Jong-Il... Philippe Chancel aux Ateliers SNCF

 

 

 

La plus inquiétante

Robert Adams met en scène le quotidien de citoyens américains menacés par les usines nucléaires qui servent de décor à leurs jardins. Mères de familles, vieillards, enfants sont capturés dans leurs mouvements. Ils semblent inquiets et sur le départ. La mère emmène le bébé qu’elle tient dans ses bras. Une jeune fille trimbale une valise. Quant aux décors, eux aussi renvoient à la notion de l’exode. Les voitures, aux portières ouvertes, sont très présentes. Les portes d’entrée de l’aéroport incitent, elles aussi, à partir loin. En toile de fond chaque fois, la menace.  "Nos vies et nos enfants" de Robert Adams. à l’Espace Van Gogh.

La plus révoltante

 

 

 

Fruit d’une collaboration entre un photographe et une journaliste, cette exposition soulève un grave problème de société : l’esclavage moderne. La mise en scène est simple : d’un côté la photo d’une habitation, la plupart du temps un immeuble -- souvent hausmannien --, et de l’autre, un texte qui relate les horreurs subies par des jeunes filles à l’intérieur de ces murs. On y apprend par exemple que "Oui", "merci", "bonjour" et "au revoir" ont été les seuls mots autorisés à l’une d’elles pendant plusieurs années ; une autre ne devait pas parler ; une autre encore dormait sur le carrelage. Leur quotidien ? Assumer l’entretien total de la maison et des enfants, sans rémunération aucune mais avec des humiliations. Leur point commun ? Des papiers d’identité confisqués pour n’être personne... "Esclavage domestique", de Raphaël Dalla Porta et Ondine Millot, aux Ateliers SNCF

 

 

 

La plus crue

 

 

 

Des filles se cachent dans des tentes, en marge des fêtes foraines des années soixante-dix, en Nouvelle-Angleterre. Elles se cachent là pour se montrer entièrement, en revanche, à leurs clients. Les clichés de Susan Meiselas sont loin du spectacle glamour. Elles font plutôt état de la condition de ces femmes contraintes au strip. Leurs chairs débordent de corsets pailletés et de culottes à franges. Leurs poses laissent voir les parties les plus intimes de leurs corps. Mais ce qui met le plus mal à l’aise, c’est le regard ou l’attitude du client, dont on aperçoit presque toujours au moins une petite partie dans les photos... "Carnival Strippers" de Susan Meiselas, aux Ateliers SNCF

 

 

 

La plus glamour

 

 

 

Bas résilles, eye-liner, escarpins et robes moulantes... L’univers de Dominique Issermann est 100 % féminin, sophistiqué, glamour autant que peut l’offrir le noir et blanc travaillé. Habituée des shootings de mode, la photographe a choisi pour modèles Carla Bruni, Vanessa Paradis ou Lætitia Casta. Et elle les a sublimées. Quand la peau est nue, les gros plans de jambes, de seins ou de chutes de reins ne sont jamais vulgaires. Le corps, souvent placé dans l’immensité de décors naturels, irradie l’église dans laquelle les photos sont projetées. "Cartes postales" de Dominique Issermann, à l’église des Frères Prêcheurs.

 

 

 

La plus urbaine

 

 

 

Escaliers, places, ronds-points, avenues, lampadaires... De Tokyo à Paris, en passant par Las Vegas, Cracovie, Yaoundé et Berlin entre autres, Jean-Christophe Béchet met en perspectives les similitudes de ces villes. À travers des lignes de fuites toujours identiques, qu’il s’agisse d’un escalator en Asie, en Amérique, ou en Europe par exemple, l’expo met en évidence les symptômes de la mondialisation. Comme dit Jean-Christophe Béchet : "Il y a sans doute plus de différence entre un paysan de l’Ariège et un Parisien qu’entre ce Parisien et un New-Yorkais". Mais ces paysages urbains sont heureusement, la plupart du temps, incarnés. Une jeune fille assise seule sur une marche la nuit, avec un sac rouge, paraît finalement aussi désespérée à Berlin qu’à Tokyo... "Politiques urbaines", de Jean Christophe Béchet, aux Ateliers SNCF

par Elsa Haharfi publié dans : Rencontres de la photographie, Arles 2006
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